L’avenir de la maison passive avec SWISSPACER 24 Mai 2017 Retour

Entretien avec Benjamin Krick, de l’Institut de la maison passive à Darmstadt, Christophe Bieber, de Bieber Bois Menuiseries, et Karl-Theo Roes, de SWISSPACER

L’avenir de la maison passive avec SWISSPACER

- Quel est le concept de la maison passive et quel est son but ?

Karl-Theo Roes : Dans une maison passive, ce que l’on remarque en premier lieu, c’est l’absence de radiateur. Et pourtant, en hiver, il y fait une chaleur agréable. En effet, les plafonds, les murs, le toit et les fenêtres sont bien isolés et l’enveloppe du bâtiment est très étanche à l’air, ce qui permet de réduire au minimum les déperditions thermiques. Pour garantir une température ambiante agréable en hiver, la chaleur générée par les rayons du soleil qui traversent les fenêtres ou par les appareils de la cuisine ou la douche suffisent. Les jours de grand froid, un petit chauffage d’appoint peut être utilisé. Dans l’idéal, l’électricité nécessaire est obtenue à l’aide des énergies renouvelables, comme le photovoltaïque, et l’eau chaude grâce à l’énergie solaire thermique ou à des pompes à chaleur. La maison passive permet d’économiser de l’énergie et contribue largement à la lutte contre le changement climatique.

Benjamin Krick : Le concept de maison passive signifie un confort thermique maximal pour une consommation énergétique minimale. Le besoin en énergie est réduit de telle manière qu’il peut être couvert par des énergies produites durablement. Les coûts énergétiques baissent et les frais supplémentaires – relativement faibles – engendrés par la construction d’une maison passive sont rapidement compensés. Il est même possible de réaliser un petit bénéfice.

 

- Quels sont les avantages d’une maison passive pour ses occupants ?

Benjamin Krick : Le confort intérieur est largement plus élevé et la facture énergétique considérablement plus faible. Cela signifie pour les occupants : un climat intérieur plus sain et un confort accru, ainsi qu’une plus grande capacité de prévision, puisque les occupants d’une maison passive ne sont pas dépendants des hausses du prix de l’énergie. Dans une maison passive, le besoin d’énergie pour la climatisation est environ dix fois moins élevé que dans une maison conventionnelle. Ainsi, les conséquences sont moins dramatiques si les coûts énergétiques viennent à doubler.

- Quel est l’axe de développement du secteur de la construction en termes d’efficacité énergétique ?

Karl-Theo Roes : L’industrie du bâtiment suit les directives énergétiques imposées par les instances politiques, tout en s’efforçant de proposer des solutions économiques. La directive européenne 2020 relative à l’efficacité énergétique exige que l’on parvienne, en quelques années seulement, à bâtir des maisons à très basse consommation, les « nearly Zero-Energy Buildings » ou bâtiments à consommation d’énergie quasi nulle. Les constructeurs de maisons sont nombreux à vouloir utiliser dès à présent des composants à haute efficacité énergétique. On le constate notamment avec les fenêtres. En Allemagne, la réglementation impose une valeur de référence UW pour les fenêtres de 1,3 W/m²K, mais les clients achètent déjà majoritairement des fenêtres affichant une valeur UW inférieure à 1,0 W/m²K.

Benjamin Krick : Avec la hausse des prix de l’énergie et la prise de conscience croissante du changement climatique, les exigences en matière d’efficacité énergétique augmentent également. Dans de nombreuses régions d’Espagne et du Portugal, par exemple, les triples vitrages sont un choix tout à fait pertinent. D’une part, pour leurs propriétés d’isolation élevées, et d’autre part parce qu’en été, ils protègent relativement mieux des rayons du soleil que les doubles vitrages.

 

- Le marché actuel est-il prêt à accepter les conditions qu’implique le concept de maison passive ?

Karl-Theo Roes : Le concept de maison passive est révolutionnaire. Il a une influence considérable sur le marché depuis déjà 20 ans, comme en témoigne l’évolution de l’isolation des enveloppes de bâtiments au cours de cette période. L’industrie du bâtiment s’est déjà approprié quelques idées : de nombreuses fenêtres et façades de maisons passives sont ainsi déjà disponibles sur le marché.

Benjamin Krick : Le marché évolue en permanence et l’offre et la demande s’influencent mutuellement. De nouvelles offres sont créées pour répondre à une demande spécifique. Et inversement, si une offre est proposée sur le marché, la demande augmente. Les composants de maison passive certifiés jouent ici un rôle clé. Ils garantissent l’augmentation de la demande et le développement de produits analogues. C’est ainsi que des produits à haute efficacité énergétique issus d’un marché de niche deviennent grand public. A titre d’exemple en Allemagne et en Autriche, le triple vitrage détient aujourd’hui plus de 60 % de part de marché.

 

- Quelle est l’implication de Bieber Bois dans le concept de la maison passive et quelle est la proportion de produits passifs dans votre gamme ?

Christophe Bieber : Bieber Bois est impliqué dans ce concept depuis les années 2000, nous sommes précurseurs sur le marché Français. Nous avons eu notre première fenêtre certifiée maison passive en 2007. Aujourd’hui le passif représente environ 20% de notre production globale.

 

- Que fait SWISSPACER ? Quels produits proposez-vous et quel est le lien avec la maison passive ?

Karl-Theo Roes : Sur un vitrage isolant, la périphérie constitue un point faible majeur pour les bâtiments, elle est source d’importantes déperditions de chaleur. SWISSPACER propose des intercalaires « warm edge » de haute qualité qui réduisent les ponts thermiques à cet endroit et diminuent largement les pertes d’énergie. Cela permet de réaliser des économies – sur le chauffage en hiver et la climatisation en été. Les intercalaires SWISSPACER permettent en outre d’atteindre des températures bien plus élevées en périphérie du vitrage, ce qui réduit les risques de moisissures ou de condensation. SWISSPACER a été le premier intercalaire à être certifié par l’Institut de la maison passive. Sans les intercalaires SWISSPACER, de nombreuses fenêtres ne pourraient pas répondre aux critères rigoureux de l’Institut.

 

- L’entreprise est-elle sensibilisée au sujet de l’efficacité énergétique ?

Karl-Theo Roes : Nos clients sont des fabricants de vitrages isolants et attendent de nous des produits offrant la meilleure efficacité énergétique. Nous travaillons également en étroite collaboration avec des architectes, des fabricants de fenêtres et de façades, ainsi que des consultants en énergie et des spécialistes de la baubiologie. Nous écoutons toutes les parties prenantes, puis apprenons et développons de nouveaux produits et de nouvelles solutions. Il est désormais reconnu que notre petit composant joue un grand rôle sur l’efficacité énergétique d’un bâtiment et contribue à son confort intérieur, ainsi qu’à son esthétique. Les fenêtres et façades à haute efficacité énergétique sont au centre du symposium européen fenestra-vision, qui est organisé tous les deux ans par SWISSPACER et aura lieu cette année le 15 septembre à Salzbourg. À l’occasion de cet événement, plus d’une centaine d’experts internationaux prestigieux issus du monde de la science, de l’enseignement, de la recherche et de l’industrie se réunissent pour échanger, dans le cadre de conférences et de tables rondes, sur l’avenir des fenêtres et des façades. L’objectif de ce symposium est de contribuer à ce que les idées et visions se transforment en solutions pratiques et innovantes.

 

- Quel est le lien entre SWISSPACER et Bieber Bois ?

Christophe Bieber : Nous avons un lien très fort, pour tous nos produits passifs nous proposons le SWISSPACER Ultimate. Pour les autres produits, c’est un warm edge classique et sur demande d’efficacité significative nous installons alors l’Ultimate.

 

- Comment démocratiser le concept de maison passive ?

Benjamin Krick : Là encore, la certification des composants par l’Institut de la maison passive joue un rôle clé. Par exemple, si une entreprise possède un produit certifié, elle fera sa promotion, mais aussi celle du concept de maison passive et donc de haute efficacité énergétique. De nombreux clients seront ainsi sensibilisés à ce sujet. Mais le meilleur moyen d’être convaincu, c’est d’en faire l’expérience. C’est pourquoi l’iPHA, ou « International Passive House Association », organise des journées portes ouvertes. Cette année, elles auront lieu du 24 au 26 juin dans des régions chaudes, afin de montrer que, même l’été, les maisons passives restent agréablement fraîches. Dans les régions froides, les maisons passives ouvriront leurs portes du 10 au 12 novembre, afin de prouver qu’il y règne une agréable chaleur. Plus d’informations sur le site Web de l’iPHA : www.passivehouse-international.org.

 

- Le concept de maison passive s’applique-t-il uniquement aux constructions neuves ou également aux bâtiments existants ?

Benjamin Krick : Le concept de maison passive est également très pertinent pour les bâtiments existants. En Europe occidentale, la population diminue et, avec elle, le nombre de constructions neuves. L’avenir réside principalement dans l’ancien. Il est donc d’autant plus important d’appliquer les principes de la maison passive dans ce domaine également. Dans le cadre du projet européen EuroPHit, l’Institut de la maison passive a rassemblé avec ses partenaires un grand nombre de propositions et d’exemples montrant la possibilité de garantir une haute efficacité énergétique grâce à une rénovation étape par étape.

 

- Des projets de maisons passives incluant SWISSPACER sont-ils en cours ?

Karl-Theo Roes : Une très grande majorité de fenêtres et façades de maisons passives utilisent des intercalaires SWISSPACER. Actuellement près de 75 % des fenêtres certifiées passives utilisent SWISSPACER, et c’est le cas pour près de 100 % des façades. SWISSPACER se retrouve aussi bien dans les maisons individuelles que dans les bureaux, crèches et écoles. Ainsi, l’académie du Hebei, dans la province du Hebei, en Chine, a été achevée l’an dernier. Il s’agit du premier bâtiment public passif de la région. Cet immense laboratoire de recherche, un modèle en matière de technologie du bâtiment économe en énergie, intègre les intercalaires SWISSPACER.

 

- Comment les produits passifs sont-ils perçus par la clientèle en France ?

Christophe Bieber : Nous avons une clientèle très spécifique pour ces produits, dédiée au concept de la maison passive. Des clients très avisés, très informés et cherchant donc les produits les plus performants du marché. Je dirais même que c’est une clientèle très exigeante, recherchant la performance tout en ayant un produit esthétique. Aujourd’hui le marché s’oriente de plus en plus vers le passif, c’est un marché a priori porteur. A titre d’exemple, La Maison Innovante en Alsace, ne construit plus que des maisons passives ce qui n’était pas le cas il y a 5 ans. C’est à mon sens une évolution incroyable.

 

- Quels changements cela implique-t-il pour la planification et la mise en œuvre de futurs projets, par rapport à une construction conventionnelle ? Et quel en est le coût supplémentaire ?

Benjamin Krick : En principe, l’ensemble des techniques et produits nécessaires à la construction de maisons passives sont déjà disponibles. Ce qui est important, c’est de bien planifier et mettre en œuvre chaque projet. En Allemagne, on estime que les coûts supplémentaires liés à la construction d’une maison passive se situent entre 5 et 8 %.

Christophe Bieber : En France, nous sommes actuellement soumis à la RT 2012. Le passif est au même niveau en termes de contraintes de mise en œuvre. Chaque région est évidemment différemment concernée par cette norme. Pour l’achat de la menuiserie, sachant que la fenêtre passive est un triple vitrage, constituée alors de plus de matériaux et plus performants, il faudrait compter un delta de 10 à 15 points selon le type de produit pour le client final. Quant à la pose, le seul point influant réellement sur la construction passive est la manutention. En effet, nous avons des baies qui sont grandes et lourdes. Cela veut dire qu’il faut mener une étude au préalable afin de déterminer les outils de levage nécessaires. La maison passive est ainsi plus exigeante, car nécessite une meilleure planification. La maison passive n’est donc pas « plus difficile » qu’une autre construction, nous ne pouvons juste pas planifier les choses de la même manière. Pas d’improvisation sur un chantier passif, il faut une certaine rigueur. La phase conception peut être alors plus coûteuse.

 

- Qu’implique le concept de maison passive pour l’avenir du bâtiment ?

Benjamin Krick : Le concept de maison passive signifie qu’à l’avenir, une plus grande connaissance et un plus grand soin seront nécessaires, aussi bien sur le chantier que lors de la phase de planification des bâtiments. Afin de préparer les planificateurs et les ouvriers à leurs futures tâches, l’Institut de la maison passive propose à ses partenaires des formations qualifiées, afin de leur permettre de devenir experts dans ce domaine. Le coût de la construction risque d’augmenter légèrement. Cette création de valeur supplémentaire profitera principalement aux entreprises du bâtiment et aux fabricants locaux, ce qui permettra de renforcer l’économie locale. De nouveaux produits, spécialement conçus pour les maisons passives, pourront être mis sur le marché. En revanche, en raison du besoin extrêmement réduit en énergie des maisons passives, les fournisseurs d’énergie verront à terme leurs revenus diminuer.

 

- Quel est, selon vous Monsieur Bieber, l’avenir de ce concept en France ?

Christophe Bieber : Il est très difficile de prévoir l’avenir, mais nous pouvons noter des tendances. La demande augmente, et plus particulièrement sur les gros chantiers. Cela conforte notre stratégie dans le domaine de la performance énergétique, acoustique et sécurité. Le passif tend, à mon avis, encore se développer. Et évidemment plus il y aura de projets, moins le surcoût sera important et donc plus vite une maison passive sera rentabilisée. D’ailleurs pour moi, la maison passive est un réel investissement pour le futur, puisqu’il nous permet de maintenir les coûts d’utilisation du bâtiment au plus bas.

 

- Vous utilisez du SWISSPACER Ultimate pour tous vos produits passifs, quel a été le levier de choix entre les produits de cette marque et les produits concurrents ?

Christophe Bieber : Nous travaillons avec SWISSPACER depuis très longtemps. Le plus important pour nous est bien évidemment la performance, car notre clientèle recherche des produits de haute qualité. Ainsi nous choisissons les composants les plus performants pour nos fenêtres. L’esthétique entre en jeu également. Nous utilisons des intercalaires noirs car nous sommes présents sur le marché Américain, les produits de couleur aluminium sont peu appréciés. Avant le SWISSPACER, nous utilisions de l’intercalaire alu mis en teinte. Le SWISSPACER a réglé notre problématique, nous avons tous les critères réunis : performance et esthétique. Le concept de maison passive s’est exporté jusqu’aux USA. Nous avons déjà fourni des menuiseries pour la construction de maisons passives sur la côte Est.